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Justice: mon incrédulité s'accroit


Donc, contrairement à ce que je supposais dans une lettre ouverte aux plus hautes autorités, c'étaient bien de vrais gendarmes qui ont toqué à ma porte en mars pour me présenter une convocation à laquelle j'ai refusé de déférer, et qui ont poussé leur enquête jusque dans la boutique d'un jeune réparateur d'ordinateur où j'étais venu demander assistance, ce qui suppose une surveillance serrée de mon activité internet. Rappelons les faits gravissimes qui me sont reprochés. Il me semble me souvenir que, durant le printemps 2016, dans l'atmosphère sociale dont certains se souviennent peut-être, mon copain Joseph Kacem, écrivain et journaliste, s'échauffait sur sa page FB contre le Midi Libre qui avait mal parlé de lui en raison de sa présence dans les manifestations, et je m'étais fendu d'un commentaire rigolard où j'évoquais des possibilités de "repeindre sa façade" (je précisais qu'il s'agissait du bâtiment),  et d'utiliser "une tarte à la crème". Difficile de me rappeler exactement de quoi il s'agissait, vu que Joseph a fait disparaître le message et les commentaires à la demande du Midi Libre. Et voici qu'un courrier m'intimait d'aller retirer une citation à comparaître. Ce que j'ai fini par faire, pour constater que ces gens qui m'ont appelé un jour en pleine sieste pour réclamer que je leur livre mes dates et lieux de naissance, ne sont même pas capables de prendre correctement note de ces informations vitales (qu'on trouve aisément, soit dit en passant, grâce à google et wikipédia). Me voilà donc contraint à une nouvelle lettre ouverte à ces personnes qui semblent tant s'intéresser à moi.

A M. le juge appelé à sièger au tribunal de police de Limoges le 8 septembre 2017
A M. le Commandant chef du Service OMP F. Girardeau,

Messieurs, 
Au mois de juin, j'ai été appelé en pleine sieste sur mon portable par une dame dont le numéro était caché et qui s'était présentée comme employée du "Service des citations à comparaître du Tribunal de Limoges", laquelle dame m'a réclamé ma date et mon lieu de naissance. Dans une hébétude suscitée par l'interruption d'une activité indispensable, j'ai obtempéré sans lui faire remarquer que rien ne me prouvait qu'elle était ce qu'elle prétendait. Quelques semaines plus tard, je recevais une lettre m'invitant à retirer cette citation chez un huissier de Saint Léonard de Noblat, à une vingtaine de kilomètres de chez moi. Comme je n'ai ni voiture ni permis de conduire, j'ai fait part de ma perplexité à mon excellente avocate qui m'a dit qu'elle allait tenter de se faire faxer le document en question. Il paraît que ça se fait entre auxiliaires de justice et que les huissiers sont parfois aimables. Mais tel n'était pas le cas  de Maître Beaumont, ce que j'ai pu vérifier en perdant une demi-journée à aller retirer la citation par le truchement d'un train régional aux horaires malcommodes. Entre la gare de Saint Léonard (ville natale de Gilles Deleuze, très belle piscine, pittoresque centre-ville mais lugubres abords), et le cabinet de l'huissier, il y a 20 minutes de grimpette sur le genre de rocades qu'affectionnent les élus locaux et leurs amis du BTP. A l'accueil (si on  peut appeler ça ainsi), il y avait un chien qui s'est jeté sur moi et comme je demandais qu'on le calme, je n'ai récolté qu'un regard indifférent, et après une bonne minute d'aboiements, l'information qu'il n'était "pas méchant". De fait, il s'est épris pour moi d'un amour bien encombrant et le temps qu'on me remette mon papier après vérification que j'étais bien moi, j'étais couvert de bave. Le tout dans une atmosphère que je n'ai pas pu détendre même en demandant si le chien, c'était pour les mauvais payeurs. En redescendant à la course pour attraper le train du retour, j'ai eu le temps de constater que l'ennemie de ma sieste n'avait même pas été fichue de retranscrire correctement les informations qu'elle me réclamait (lesquelles sont d'ailleurs disponibles sur ma fiche Wikipédia)…
Bref, M. le juge et M. l'Officier du ministère public, ne croyez-vous pas que vous m'avez assez fait perdre de temps comme ça et que je suis suffisamment puni de mon impertinence? Vous rendez-vous compte du ridicule de cette citation pour des faits si minuscules? Comment? Dans une époque où la plus grand liberté règne sur Facebook, que ce soit pour les policiers qui peuvent impunément y menacer de mort un journaliste ou pour les racistes et les fascistes qui peuvent y déverser leur glaire sans qu'un parquet d'aucune ville ne bouge un cil, vous estimeriez nécessaire de me juger pour (l'intitulé est déjà en soi un petit bijou d'absurdité jargoneuse) "menace de dégradation sans danger pour les personnes, par écrit, image ou autre objet"? "Menace"? Où avez-vous vu que j'ai menacé qui que ce soit? Croyez-vous qu'il y avait la moindre possibilité pour que j'aille, toutes affaires cessantes, couvrir les centaines de kilomètres qui me séparent d'Alès pour entarter une façade? Connaissez-vous le mot "registre"? Comprenez-vous quand je dis que j'étais dans le registre de la plaisanterie et de l'ironie? Et tout cela pour un commentaire qui n'est apparu qu'un jour, puisque Joseph Kacem l'a fait disparaître en même temps que le message, après un coup de fil de rien moins que le directeur du Midi Libre…
Voilà, en fait, je vous livre mon système de défense, alors ne perdons pas davantage de temps, vous et moi, comme il est clair que tout cela n'a pas d'autre fonction que de me gâcher un peu la vie parce que ce que j'exprime déplaît à l'Intérieur et à son annexe de la Justice, bref qu'il s'agit purement et simplement (pardonnez la verdeur de mon langage j'espère que ce n'est pas constitutif d'un nouveau délit), de m'emmerder, et que quoi que je fasse ou que je dise, la cause est déjà entendue, faxez-moi la condamnation et passons à autre chose.
Sinon, si vous m'obligez quand même à me rendre à Limoges le 8 septembre, sachez à l'avance que je considère que, blague à part, ce qui se joue là est quand même important, qu'il s'agit tout simplement de la liberté d'expression, et qu'il me faudra donc me battre avec tous les moyens, juridiques et médiatiques, que votre monde nous laisse encore.
Avec les sentiments sincère que méritent  vos fonctions et vos activités,
Serge Quadruppani


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